Servir la vie




   Servir la vie. Ce n'est pas un programme missionnaire, une campagne pour faire triompher le bien ou même pour « faire avancer le monde » vers une paix enfin durable. D'elle même la vie est un appel à l'écoute, à l'accueil, à la réceptivité. Il s'agit simplement d'avoir les mains vides pour la recevoir. En réalité, il n'y a strictement rien à faire. Il n'y a qu'à reconnaître les conditionnements et blocages — les habitudes de la mémoire — qui obstruent l'entrée de cette énergie. Il suffit alors de laisser la vie se dire à travers nous en nous ramenant constamment de l'expression au silence, du silence à l'expression, jusqu'à ce que ce va-et-vient, comme le mouvement de la mer, soit devenu une seule chose, simple et transparente.

   Tout, dans l'univers physique et spirituel, est relié comme un cercle sans commencement ni fin, comme un serpent qui se mord la queue. Les humains entre eux, les vivants, la terre, les pierres, les eaux, les gaz et les plantes forment un tout : l'invisible est lié au visible et toutes choses visibles sont liées entre elles, comme la peau et les organes, le souffle et la conscience, le passé et l'avenir abolis dans le présent.

   Mais si nous sommes tous inséparables, à peu près personne ne veut le reconnaître ni vivre comme si c'était le cas. Cela engagerait à trop, exigerait un renoncement inacceptable, une responsabilité continuelle et une ouverture sur un dépassement. Or, on ne peut s'oublier pour un ensemble ou pour quelque chose de plus grand que soi, à moins de se percevoir déjà comme un tout pleinement relié et unifié. (Aussi longtemps que l'on se sent divisé en soi, on persiste à voir le monde et les humains comme une chose qui ne peut être que divisée.) En somme, on n'est sensible et présent à l'ensemble que lorsque le cœur en chacun de nous s'est éveillé à la compassion, à ce courant d'énergie généreuse qui nous unifie.

   Cet appel à la transcendance de soi par le retour à la Source, à ce dépassement du mental qui divise et de l'émotion qui s'attache, c'est l'invitation que nous propose la vie, plus encore même, sa poussée douce mais inévitable. Et c'est pour servir la Vie, la grande Vie de l'Esprit, du Souffle qui unifie et inspire tous les êtres, que j'écris ces lignes. La parole qui vient du mental divise et maintient celui qui l'entend dans le mental ; alors que la parole venue du cœur unifie et éveille chez celui qui la reçoit, l'écoute du cœur.

   Sachez demeurer dans le présent, habitez-le, vivez-le. C'est là que notre source universelle et commune nous appelle et nous attire. C'est parce que nous sommes tous liés que nos vécus et nos deuils sont fondamentalement fraternels, que tout se passe non dans des séries ininterompues de moments ponctuels et perdus, mais dans un présent qui se nomme la Vie ; que l'univers existe (comme nos vies) en un seul tout, un espace rond et complet ; que tout finalement demeure présent même lorsque c'est devenu chose invisible et oubliée.

   Ma vie (qui n'est ni importante ni intéressante en soi, mais qui est le seul véhicule par lequel la Vie me parle) m'apparaît maintenant comme un commencement contenant sa fin, le silence contenant la parole, l'une étant l'autre comme un tout indéchirable en dehors du temps, en ce présent qui seul demeure. Et parce que je vois le vécu comme une manifestation du Souffle qui savait dès le « début » où j'allais, tout comme la semence connaît l'arbre qu'elle est (alors que lui l'ignore), tout ce qui m'apparaissait vide et inutile dans mon trajet s'est fait lumière et paix grâce à l'éclairage de l'Esprit. Mais cette lumière ne vient qu'après des ténèbres — du moins c'est ainsi que cela a été vécu — alors que l'on sent clairement en son cœur que les deux ont toujours cohabité, qu'en réalité ils ne font qu'un.

   Passéavenir, individuensemble, Espritmonde manifeste, mortnaissance, visibleinvisible, commencementfin : toutes ces divisions ne forment qu'une seule réalité, elles sont toujours là pour l'Esprit alors que pour notre conscience pointilliste et partiale, leurs dépliements donnent l'inpression d'être dans le temps, dans la progression, de passer constamment d'un passé inchoatif à un futur achevé. Et pourquoi ne serait-ce pas plutôt la fin qui ensemencerait le commencement, puisque ce ne sont pas deux choses mais deux phases, deux mouvements inséparables d'une même symphonie, la Vie ?


source : Servir la vie, par Placide Gaboury
 


 
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